Rummi vs dominos, scrabble et autres jeux de tuiles
Les jeux de tuiles ont un air de famille : des pièces solides, qu'on pioche, qu'on range et qu'on pose. Mais derrière ce point commun, ils ne demandent pas du tout la même chose au joueur. Comparer le rummi aux dominos, au mahjong et au scrabble, puis à ses cousins de la famille du rami, permet de comprendre ce qui fait sa personnalité : c'est le seul où tout ce qui est posé peut être défait et refait.
Rummi et dominos : la chaîne contre la table ouverte
Aux dominos, chaque pièce porte deux valeurs, et l'on pose une pièce à la fois en la raccordant à une extrémité de la chaîne. Le but est le même qu'au rummi, se débarrasser de toutes ses pièces, mais le chemin est linéaire : une chaîne, deux bouts, et une pièce posée ne bouge plus.
Le joueur de dominos réfléchit surtout à ce qu'il laisse ouvert : quelles valeurs garder aux extrémités pour gêner l'adversaire, lesquelles fermer. C'est une vraie stratégie, mais dans un cadre fixe.
Le rummi, lui, offre une table ouverte. On y pose des combinaisons de trois tuiles ou plus, il peut y en avoir des dizaines, et chacune peut être recomposée. Un seul tour peut faire bouger dix tuiles. Les dominos ont l'avantage de la simplicité : on les explique en une minute et les très jeunes enfants s'y mettent sans peine. Le rummi demande d'être à l'aise avec les nombres jusqu'à 13 et de comprendre deux types de combinaisons.
Rummi et mahjong : deux façons de combiner
Le mahjong, originaire de Chine, est le jeu de tuiles le plus proche du rummi par l'esprit. Lui aussi repose sur des combinaisons : des suites dans une même famille, des groupes de tuiles identiques. Il se joue à quatre, avec 144 tuiles dans sa forme la plus courante. Son histoire est racontée sur notre site consacré au mahjong.
Deux différences de fond séparent les deux jeux.
- La défausse. Au mahjong, on pioche une tuile puis on en rejette une, et la tuile rejetée peut être réclamée par un autre joueur. Tout un pan de la stratégie consiste à ne pas donner la bonne tuile. Au rummi tel qu'on le joue ici, il n'y a pas de défausse : une tuile ne quitte ton chevalet que pour entrer dans une combinaison.
- Le réarrangement. Au mahjong, une combinaison exposée reste telle quelle. Au rummi, tout ce qui est sur la table peut être recomposé à chaque tour.
L'apprentissage n'a pas non plus la même pente. Le mahjong demande de reconnaître de nombreuses tuiles illustrées et, selon les règles pratiquées, de connaître des mains particulières et un décompte de points élaboré. Le rummi tient en deux combinaisons et une règle de première pose : on joue au bout de cinq minutes, et l'on progresse ensuite pendant des années.
À noter : le mahjong « solitaire » que l'on trouve en ligne, où l'on retire des paires de tuiles identiques, est encore un autre jeu, fondé sur l'observation plutôt que sur les combinaisons.
Rummi et scrabble : les chiffres et les lettres
Le scrabble utilise aussi des tuiles et un chevalet, mais il joue dans une autre catégorie : on y forme des mots sur une grille. La comparaison reste parlante, parce que les deux jeux occupent la même place dans les soirées de famille.
- Ce qui est récompensé. Au scrabble, le vocabulaire : qui connaît les mots rares et les mots courts à lettres chères part avec une longueur d'avance. Au rummi, la logique et l'œil : aucune connaissance préalable ne donne d'avantage, et l'on peut jouer avec quelqu'un qui ne parle pas la même langue.
- Le rapport à ce qui est posé. Au scrabble, on s'appuie sur les mots déjà placés, mais on ne les modifie pas. Au rummi, les combinaisons des autres sont une matière première.
- L'écart entre joueurs. Au scrabble, un joueur chevronné bat presque toujours un débutant. Au rummi, la pioche laisse une vraie chance à tout le monde sur une partie, même si le meilleur joueur l'emporte sur la durée.
Les cousins du rummi : la famille du rami
Le rummi descend des jeux de rami, ces jeux de cartes où l'on forme des suites et des groupes pour vider sa main. Il a donc des cousins plus proches que les dominos ou le scrabble.
Le rami, version cartes
Le principe des combinaisons est le même : des suites dans une couleur, des groupes de même valeur. Mais le rami se joue avec une défausse : à chaque tour, on pioche une carte et on en rejette une, que le joueur suivant peut ramasser. Et les combinaisons posées ne se réorganisent pas librement. Qui vient du rami doit donc perdre deux réflexes en passant au rummi : il n'y a rien à rejeter, et la table n'est jamais figée.
L'Okey
Très populaire en Turquie, l'Okey se joue avec des tuiles numérotées de 1 à 13 en quatre couleurs, comme le rummi. La ressemblance du matériel est frappante, mais le jeu est différent sur deux points essentiels. D'abord, le joker change à chaque manche : il est désigné par une tuile retournée en début de partie. Ensuite, on ne pose pas ses combinaisons au fur et à mesure : chacun garde tout en main, pioche et défausse, et le premier dont la main entière est faite de combinaisons la montre et gagne. Il n'y a donc ni table à lire, ni réarrangement.
La canasta
La canasta est un jeu de cartes de la même famille, qui se joue le plus souvent par équipes de deux. On y vise des groupes de sept cartes de même valeur, les « canastas ». Elle ajoute ce que le rummi n'a pas, le jeu avec un partenaire, et laisse de côté les suites et le réarrangement.
L'histoire de cette filiation est résumée dans l'histoire du Rummikub.
Ce que tous ces jeux ont en commun
- Le plaisir de l'objet. Piocher, ranger, poser : le geste fait partie du jeu.
- Une main cachée. Chacun connaît son jeu et devine celui des autres.
- Le hasard du tirage. Aucune partie ne ressemble à la précédente.
- La table partagée. On joue ensemble, les yeux sur le même espace.
Ce que le rummi a de particulier
Si l'on devait résumer d'une phrase : au rummi, la table est un puzzle que tout le monde a le droit de défaire. À ton tour, tu peux couper une suite en deux, sortir une tuile d'un carré, déplacer un joker, tout recomposer, pourvu que chaque combinaison soit valide à la fin et que tu aies posé au moins une tuile de ton chevalet.
Cette règle a deux conséquences. Elle oblige à changer sans cesse de point de vue : on ne se demande pas seulement « où va ma tuile ? », mais « comment transformer la table pour lui faire une place ? ». Et elle donne à chaque partie une marge de progression énorme : entre le débutant qui ajoute une tuile au bout d'une suite et le joueur qui en place six par un enchaînement de déplacements, il y a des années de plaisir. Les techniques sont expliquées dans combinaisons et tactiques au rummi.
Ajoute à cela des règles courtes et aucune barrière de langue ou de culture : le rummi est sans doute, de tous ces jeux, le plus facile à proposer à une tablée qui ne se connaît pas.
Lequel choisir ?
- Pour une partie immédiate avec de jeunes enfants : les dominos.
- Pour les amoureux des mots : le scrabble.
- Pour un jeu riche en traditions, à apprendre sur la durée : le mahjong.
- Pour des règles simples et une table qui se réinvente à chaque tour : le rummi.
Rien n'oblige à choisir, bien sûr. Mais si tu n'as jamais essayé le réarrangement, le plus simple est de juger sur pièces : parcours les règles du rummi, puis lance une partie contre l'ordinateur. Et pour ce que ce genre de jeu apporte au-delà du divertissement, vois les bienfaits sociaux et cognitifs du rummi.